Mademoiselle Marie Créations : le linge ancien retrouve une seconde vie au coeur du Var

Il existe en Provence des ateliers qui ressemblent à des maisons de famille. On y trouve des boîtes de boutons en nacre, des piles de draps brodés qui sentent le grand air, des dentelles soigneusement lavées qui attendent leur heure. Celui de Mademoiselle Marie est de ceux-là. Niché entre Coeur du Var et Provence Verte, il embaume la lavande et, aux beaux jours, on y entend les cigales.

Derrière Mademoiselle Marie Créations, il y a une femme, Marie, qui a fait un choix devenu rare : créer uniquement à partir de matières qui ont déjà vécu. Ses fournisseurs ? Les brocantes, les puces de couturières, les vide-greniers. Et parfois même les placards de ses clientes. Nous avions envie de vous présenter cette créatrice varoise dont le parcours raconte quelque chose de notre région : le goût du travail bien fait, l’attachement au territoire et une certaine idée de la transmission.

Une fille du Sud élevée au milieu des fils et des aiguilles

Marie se présente elle-même comme une fille du Sud. Elle a grandi dans un univers où la couture faisait partie du quotidien : une maman couturière, une grand-mère dentellière et tricoteuse. Chez elle, on réparait, on transformait, on détournait les objets avant de songer à s’en séparer. Ce que l’on appelle aujourd’hui la durabilité était simplement du bon sens familial.

Le nom de sa marque n’a rien d’un hasard. Marie aime tout ce qui est désuet, les motifs anciens, les teintes patinées, la mercerie d’autrefois. Le « Mademoiselle » est un clin d’oeil assumé à ce monde-là, celui des armoires pleines de trousseaux et des journaux de mode du siècle dernier chinés sur les marchés.

Avant de devenir artisane, elle a pourtant suivi un tout autre chemin. Après un parcours dans la grande distribution, elle ressent le besoin de revenir à l’essentiel : un rythme plus juste, un travail respectueux du temps, de la matière et de l’humain. Et un ancrage dans cette Provence qui l’a forgée.

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La ressourcerie, le déclic qui a tout changé

C’est lors de sa reconversion dans une ressourcerie associative, il y a plus de dix ans, que Marie découvre le linge ancien. Des draps brodés rangés dans les armoires depuis des décennies, des dentelles délicates, des boutons rescapés, des toiles que beaucoup considèrent comme bonnes à jeter. Elle y voit autre chose : des trésors.

Sauver ces matières de la benne, comprendre leur qualité, les associer, leur offrir une seconde vie sans effacer leur histoire : l’évidence s’impose. Elle se forme alors sérieusement à la couture, car à ses yeux le fait-main mérite l’excellence. Ses créations doivent être belles, mais aussi solides, pensées pour accompagner le quotidien pendant des années.

Ce souci de qualité s’appuie d’ailleurs sur une réalité que les amateurs de textiles anciens connaissent bien : autrefois, on tissait pour durer. Grammage élevé, trame régulière, fils robustes. Ces étoffes traversent le temps bien mieux que la plupart des tissus actuels, et c’est précisément ce qui en fait une matière première de choix.

Le surcyclage, un état d’esprit avant d’être une technique

Le mot est à la mode, mais il vaut la peine d’être précisé. L’upcycling, ou surcyclage, consiste à récupérer des matières existantes pour les transformer en objets de qualité supérieure. Là où le recyclage broie et décompose la matière, le surcyclage la conserve et la valorise. On part d’un drap, d’une nappe, d’un rideau, et on en fait un objet nouveau, unique, durable.

Pour Marie, la démarche dépasse largement la technique. Chaque coupon qu’elle sélectionne a vécu avant de passer entre ses mains. Une dentelle a peut-être accompagné une dot, un drap monogrammé a servi plusieurs générations d’une même famille. Créer avec ces matières, c’est prolonger les gestes des couturières d’avant et tisser un lien entre le passé et le présent.

Il y a aussi, bien sûr, une dimension environnementale. L’industrie textile figure parmi les plus polluantes au monde, et des quantités considérables de vêtements et de linge finissent chaque année enfouies ou incinérées. Travailler à partir de l’existant, c’est une réponse concrète, à petite échelle, à ce gaspillage. Sans discours moralisateur : simplement en montrant que le beau existe déjà, et qu’il suffit parfois de savoir le révéler.

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Détail intéressant pour qui s’intéresse au processus créatif : les tissus anciens imposent leur personnalité. Leurs dimensions, leurs motifs, leurs petites imperfections guident la création. Marie le dit joliment : elle ne décide jamais seule, elle collabore avec la matière. Un morceau de toile à matelas devient l’ossature d’un sac, une broderie oubliée devient l’ornement d’un coussin.

Que trouve-t-on dans les créations de l’atelier ?

La production de Mademoiselle Marie Créations se partage entre pièces uniques et petites séries, toutes cousues à la main dans son atelier varois. On peut la découvrir en quelques familles d’objets :

  • Les quenouilles et fuseaux de lavande, ces objets traditionnels provençaux où les brins de lavande sont tressés avec du ruban ou de la dentelle. Un artisanat devenu rare, qui parfume les armoires comme au temps de nos grands-mères.
  • Les coeurs, ballotins et sachets de lavande, garnis de fleurs du Sud et confectionnés dans des tissus provençaux ou du linge ancien.
  • Les coussins et housses de coussin, souvent en toile à matelas, linge damassé, dentelles et boutons de nacre, dans un esprit que l’on pourrait qualifier de rustique chic.
  • Les accessoires : sacs, pochettes, trousses, totebags en patchwork, ou encore ces petits porte-clés grigris qui font de jolis cadeaux typiques du Sud.

Les créations s’organisent en collections aux noms évocateurs, comme Provence mon Amour, qui rassemble les pièces garnies de lavande et les tissus provençaux revisités. L’ensemble revendique un fait-main intégral, du Made in France et même du Made in Provence, à rebours des souvenirs standardisés que l’on trouve un peu partout.

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Transformer vos souvenirs en objets du quotidien

C’est peut-être la facette la plus touchante de son travail. Au-delà de ses propres créations, Marie propose de travailler à la demande à partir de textiles qui vous appartiennent. La chemise d’un grand-père devient un sac. Un drap brodé au monogramme de jeune fille d’une maman devient une paire de coussins. Un tambour à broder se transforme en objet de décoration commémoratif.

Cette activité de création sur mesure, qu’elle a baptisée Métamorphose textile, touche à quelque chose d’intime : la mémoire familiale. Plutôt que de laisser dormir un trousseau au fond d’une armoire, ou pire, de s’en débarrasser faute de savoir qu’en faire, on le confie à des mains expertes qui lui donnent une nouvelle utilité. L’objet chargé de souvenirs reprend sa place dans la vie de tous les jours.

Sa devise résume bien l’esprit de la maison : « Le fait-main n’offre pas un objet… il offre une histoire. »

Où découvrir son univers ?

Le plus simple est de pousser la porte de sa boutique en ligne, où les créations disponibles sont présentées avec soin. Le site héberge aussi un blog, sobrement intitulé Blog d’une artisane en Provence, où Marie partage la vie de l’atelier, ses trouvailles de brocante, ses réflexions sur le métier et quelques pages plus personnelles sur son parcours et ses valeurs.

On peut également la croiser sur les marchés et fêtes locales du Var, où elle présente ses créations en direct. L’occasion de toucher les matières, de discuter tissus anciens et de repartir, qui sait, avec une quenouille de lavande sous le bras.

Ce portrait vous a donné des idées ? Regardez donc vos placards d’un autre oeil. Ce vieux drap brodé, cette nappe héritée d’une tante, cette chemise que vous n’osez pas jeter : et si, au lieu de dormir, ces tissus commençaient une seconde vie ?